Jeudi 26 juin 2014 4 26 /06 /Juin /2014 09:42

3- Diplôme National du Brevet DNB 2014 Français Epreuve de Questions - Dictée Ch. DELBO "Une scène jouée dans la mémoire" (2001) Proposition de corrigé (sans aucun caractère officiel)

Extrait du texte

Paul

Je sais que tu es brave, je sais que tu sauras vivre sans moi. Il faut que tu vives, toi.

Françoise

Je ne sais pas, Paul. (A part) Toute ma vie s'engloutissait et je ne voulais pas lui montrer que j'vais mal, que la douleur qui me serrrait devenait insupportable.

Paul

Si, je sais que tu es brave, Françoise. Nous avons lutté de tout notre coeur. Je tombe avant de toucher au but, mais toi tu verras la victoire.

... 

Questions

1. Quand Paul dit "Nous avions choisi, toi et moi" (l.21) il évoque leur engagementdans la Résistance. Le texte nous permet de compredre que Paul a lutté contre les nazis("les armées hitlériennes" l.13) et que cet engagement politique vise à libérer le pays occupé("Nous nous battons pour la liberté" l. 18) ; il peut aller jusqu'au sacrifice de sa vie.

 1 pt = 0.5 / idée

 

2. Françoise ne partage ce choix que jusqu'à une certaine limite, qui est ici franchie (Paul dit : "Nousavons lutté de tout notre coeur" l. 4) mais quand elle révèle ses pensées, ses angoisses, le spectateur comprend que son amour pour Paul est plus fort que son désir d'engagement. : "Je n'avais pas choisi de te perdre, jamais." dit-elle (l. 22.) mais encore plus nettement en aparté : "Que m'importe la victoire sans toi." (l.6) Cet amour rend le sacrifice de leur amour particulièrement émouvant, la scène, poignante.

 1 pt = 0.5 / idée (non + amour blessé) + 0,5 citation

3. Sur le fond, l'opposition entre les deux personnages apparaît dans leur échange, qui montre des visions différentes de la lutte. Paul redit avec conviction et force son engagement pour la liberté quand Françoise est déchirée par cette lutte entre ses sentiments et son idéal politique. Paul affirme qu'il était prêt au sacrificede sa viepour le combat qu'il mène : "Que tous les combattants ne soient pas au défilé, chacun le sait avant de s'engager..." (l. 19) ; quand Françoise, également combattante, envisageait une fin commune à leur lutte: "Nous n'avions jamais pensé que la victoire ce serait cela..." (l. 7) ou "J'avais toujours pensé que nous tomberions ensemble" (l. 23). De ce fait, Françoise en vient à penser que le sacrifice est inutile, que la victoire n'est pas proche: elle doute ("C'était faux... fausses bonnes nouvelles" l. 11)

Sur la forme, ils n'emploient pas le même langage.

  • Paul emploie le « nous » qui rassemble (« nous gagnons »), des pronoms collectifs « les nôtres », « des milliers », des adj. Indéfinis « Tous les combattants ». Il est affirmatif : « je sais ». Il emploie l'injonction pour encourager et soutenir Françoise : « Souviens-toi. », « Sois forte ».

  • Françoise, elle, utilise le pronom « tu », « Hélas Paul. Toi... »« te perdre ». Il nomme très souvent son mari, Paul, cette répétition exprime son amour passionné. Elle emploie la négation « je ne sais pas » « je n'avais pas choisi... ».

 

2 pts = 0.5 / idée = ?

 

4. Alors Paul argumente pour la convaincre.

Il lui affirme d'abord (l. 4) "Tu es brave.", argument qui sera repris à la fin, avec l'injonction "Sois forte" (l. 27). C'est un appel à la force mentale, à la raison plus puissante que les sentiments qui bouleversent, et font douter de la valeur de l'engagement.

Puis il rappelle à Françoise leur engagement commun: "nous le disions" (l.8) ces paroles prononcées les ont engagés, ils se doivent parole à eux-mêmes, et non pas à un ordre supérieur auquel ils pourraient "désobéir". Cet argument est repris dans "Nous avions choisi, toi et moi" (l. 21)

Enfin, il essaie de la rassurer en affirmant : "Nous gagnons" (l.10) approfondi en "Des milliers se lèvent qui nous remplaceront et nous vengeront" (l. 16). C'est redonner le sens de leur action, replacer une histoire singulière dans une histoire commune.

L'argumentation de Paul agit sur Françoise qui affirme à la fin du passage : "Je le suis, Paul. Je le serai."

1,5 pt = 0.5 / idée 

5. "J'avais toujours pensé que nous tomberions ennsemble."

a) Il s'agit d'un euphémisme pour le verbe "mourir", comme au dit "tomber au combat, au front", le verbe contient aussi une idée de dignité dans la mort pour une cause.

0,5 pt = 0.5 / idée

b) Le verbe est ici conjugué au présent du COND, il s'agit d'un événement futur envisagé dans un récit au passé.

On peut aussi penser à une valeur d'hypothèse, ou de supposition.

 

1pt = 0.5 / temps ; 0,5 valeur 

 

Charlotte DELBO (1913-1985)

 

  1.  
    1. Comme ces apartés sont des aveux, ils reflètent les pensées intimes du personnage. On peut penser que Françoise se parle à elle-même : "Et moi je pensais : que m'importe la victoire sans toi." Mais en même temps elle dit : "Vous savez  où étaient les armées hitlériennes..." ce qui suppose un autre interlocuteur comme le public qui serait interpelé. Ou bien ce peut être une sorte de dialogue avec des personnages imaginés, les résistants morts peut-être.

 

7. "Une scène jouée dans la mémoire" qui est le titre de la pièce peut avoir plusieurs sens.

« Une scène jouée» peut suggérer le double niveau d'énonciation : la scène passée avec Paul qui est rejouéedevant un public (spectateur ou fantômes).

« Dans la mémoire » : Il peut s'agir de la mémoire du personnage, Françoise qui imaginerait cette scène très pathétique après les faits, alors qu'elle n'a pas osé dire son inquiétude, ou exprimer son amour exclusif à son mari. Mais plus certainement de la mémoire autobiographique de la narratrice : il ne s'agit pas d'un témoignage, mais d'une fiction "jouée" donc, et passée : "Et moi je pensais : que m'importe la victoire sans toi.". Enfin le terme de "mémoire" évoque l'entreprise de témoignage que se donnent historiens, écrivains, témoins des actes de Résistance, et soucieux que les générations futures n'oublient jamais cette période historique (barbarie des camps et de l'extermination des juifs, la shoah, mais aussi engagement de Justes ou de résistants au service de la liberté). On parle de "devoir de mémoire".

 

3 pts : 1 pt scène jouée ; 2 pts pour le sens individuel et collectif de « mémoire ».

 

8.Si je devais mettre en scène ce texte, je proposerai les éléments suivants. 

Pour le lieu, un espace froid et anonyme, comme un parloir de prison, pour accentuer la présence du contexte, l'imminence de l'exécution. Quelque chose qui représente par exemple un mur gris, humide comme celui devant lequel Missak Manouchian fut photographié à la prison de Fresnes. Mais j'éviterai des accessoires multiples ajoutés dans un souci de réalisme, car ce "dépouillement" viserait à accentuer la tonalité tragique de cette scène.

Les sons et les éclairages seraient essentiels, car ce sont eux qui peuvent restituer le mieux une atmosphère, sa profondeur. Des bruits d'ordres criés dans des couloirs lointains, peut-être des détonations de balles... donneraient une ampleur au lieu, donc à la scène.

L'éclairage pourrait isoler Françoise dans ses longs apartés, et permettre qu'elle puisse les dire sans que la scène perde en crédibilité. Ou bien créer deux temps différents, par deux choix de lumière.

Accentuation des émotions, donc mais dans une simplicité qui permette au spectateur de partager, de ressentir ces émotions, de dépasser aussi le contexte pour compatir au sort des personnages, témoins de la mémoire de Charlotte Delbo.

 

3 pts : 1 pt pour la cohérence (prison...) 1 pt pour idée / double énonciation 1 pt pour développement

Dimanche 22 juin 2014 7 22 /06 /Juin /2014 19:44

3- PS Révisions Brevet des collèges Expression écrite narrative : la précision du lexique

Le problème majeur des copies en narration réside souvent dans le choix du lexique. Celui-ci est vague, passe-partout. ("Je suis dans la forêt" "Je prends mon doudou" "Je vois des fleurs"...)

L'emploi systématique de termes génériques (arbre, fleur,... maison, chat...) ne suscite chez le lecteur aucune image précise, pas de visualisation, donc pas d'émotion.

Pour améliorer cela, il convient de :

- choisir un terme SPECIFIQUE (chat => siamois, chartreux...) : vous avez le droit au dictionnaire, servez-vous en.

PRECISER quelques éléments de TAILLE / FORME / COULEUR / ASPECT / MATIERE / VOLUME / DISPOSITION

TAILLE synonymes de grand synonymes de petit...

FORMES synonymes de rond  synonymes de pointu...

COULEURS page de wikipédia (en évitant les rapports absurdes : *"des lilas aubergine, un cadavre rouge cerise"...)

ASPECT synonymes de rugueux  synonymes de doux synonymes de rayé synonymes de inégal ...

MATIERE Exemples de matières, textures...  

 

VOLUMES synonymes de gros  antonymes de gros

DISPOSITION synonymes de ordonné synonymes de désordonné... (toujours en faisant attention au contexte, au sens dans la phrase...)

 

Exemples 

=> "Je marche sous des chênes immenses, aux branches étendues qui portent encore, çà et là, quelques feuilles couleur rouille, chiffonnées par l'hiver..."

=> "Je sers contre moi mon doudou, un petit agneau en peluche bleue, dont une oreille a disparu, usée par les câlins..."

=> "je marche, foulant de petites anémones blanches, qui ressortent sur le vert foncé des feuilles, et ma course est embaumée  par les très fragiles violettes, améthyste et jaunes, que mes pieds froissent à chaque pas..."

 

Vendredi 20 juin 2014 5 20 /06 /Juin /2014 19:42

3- PS Révisions Brevet des collèges : Expression écrite (Sujet 1 ou 2) Eviter le registre / lexique familier

Les mots ou expressions suivantes ont été relevées dans des copies d'élève. Elles ne visaient pas à retranscrire le langage familier d'un personnage, mais appartenaient bien à la narration, ou à l'expression d'un argument, ou aux paroles d'un personnage d'un milieu social sans caractéristique particulière.

Les élèves qui les ont employés n'avaient pas l'intention d'être familiers, cependant ces termes le sont. Ou bien ils sont employés familièrement dans un sens autre que le sens courant. 

Il ne s'agit pas d'être excessivement normatif. Mais une copie de français a aussi pour but d'évaluer la maîtrise de la langue. L'élève qui souhaite mettre en scène des personnes réalistes, s'exprimant donc avec ce lexique familier usuel, peut le faire en rapportant les paroles entre des guillemets, et sans abuser du procédé ; mais lui-même en tant que narrateur doit s'exprimer dans un langage courant - soutenu. S'il devient écrivain, il sera absolument maître du choix du niveau de langue de son narrateur ! Mais tant qu'il est en apprentissage, il doit montrer ses capacités à distinguer les registres de langue, et à comprendre le sens des expressions qu'il emploie.

En voici donc la liste, avec des propositions de synonymes :

Je suis stressé : le stress est le fait d'une charge de travail trop importante, c'est une tension dans l'action. Alors que l'idée est "j'ai peur ; je suis anxieux ; je suis inquiet ; je suis angoissé...)

j'ai raté (quelque chose) : je n'ai pas réussi à faire, j'ai échoué [Se heurter à un obstacle social, moral ou intellectuel et ne pas réussir à le surmonter; subir un échec] 

il rigole : il rit, ou il s'amuse

il fait pitié : il est ridicule (dans cette expression qui est ironique), il est risible, ou pitoyable (le mot a les deux sens : il suscite vraiment un sentiment de compassion, ou il suscite la moquerie)

t'es pathétique : cf l'explication précédente, en plus fort. Alors que le registre pathétique suscite au contraire beaucoup de compassion en mettant en scène des personnages affaiblis ou fragiles (jeunes enfants, vieillards) dans une situation difficile, ou douloureuse.

ça me prend la tête : cela m'ennuie, me chagrine, m'inquiète, me soucie. Ou bien je n'arrive pas à le comprendre, c'est difficile à comprendre, trop complexe.

on me l'a jamais faite : une telle atttitude, un tel geste est choquant, déplacé, blessant, humiliant, irrespectueux,... je le trouve intolérable, indamissable...

j'en ai marre : je suis fatigué de tel comportement, de lutter pour ou contre quelque chose, abattu, exténué, ennuyé, excédé, harassé,...

j'ai le blues ("blouze"...) : je suis triste, éprouvé, malheureux, je souffre, je suis angoissé...

je m'en fous : cela m'est égal,... je ne veux pas choisir ou trancher... je ne suis pas d'accord mais je ne veux pas (te) convaincre... cela ne me concerne pas...

ça va barder : c'est inadmissible, je vais devoir être plus ferme, plus rigoureux...

on est venus pour s'éclater : s'amuser, se distraire, rire, jouer, se divertir...

gueuler (pour crier) : crier, hurler.

il est normal (pour ni riche, ni pauvre) : il appartient à la classe moyenne, à la moyenne bourgeoisie. C'est un bourgeois (qui n'est pas un riche ! )

j'ai fait un mix (ou un mixte) de ces deux idées : une synthèse.

Non, mais je rêve ou j'hallucine : c'est inimaginable, incroyable, inadmissible... ou bien Quel manque de respect !

je rame : j'ai beaucoup de mal à ..., j'ai des difficultés, je trouve difficile, compliqué, trop complexe...

ça fait style : c'est joli, beau, élégant, original, bien adapté à la personne, chic...

la flemme : la fatigue, le découragement, la fainéantise.

mon paternel : mon père.

cet avorton : cet être faible, fragile... ou bien c'est une insulte, donc n'a pas sa place dans une copie.

stop ! C'est insupportable, inadmissible. Je ne peux pas le tolérer.

c'est dramatique (pour c'est tragique) : un fin tragique, ou un incident tragique, cela signifie qui s'est terminé par la mort. Dramatique (qui signifie du genre "théâtral") se rapporte à l'ampleur des actions, à la complexité des événements

on s'est balladé : on s'est promenés

...

Recherche

Une image à la une

http://www.agencevu.com/photos/portfolios/730_1198686188.JPG

Synthèses

Calendrier

Août 2014
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés