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Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 15:24

Classe de 3e Séquence 3 "Un monstre ? un homme ? un dieu ? " Novembre 2008

Séance 11 Lecture analytique La "harangue" de Gwynplaine à la Chambre de Lords

pp. 206-211 Comment la construction du discours de Gwynplaine agit-elle sur le lecteur ?

Hypothèses de lecture

- Gwynplaine défend la peuple

- On dirait du théâtre

Axes d'étude retenus

1. La composition du passage : quels mouvements ? (comment ? pourquoi ?)

On peut distinguer trois grands mouvements dans ce passage, coupés par les réactions de l’assemblée.

- un premier passage (pp. 206-207) qui emploie largement le temps du passé en relation avec le présent : le passé composé, où le pronom dominant est le JE. Une suite de questions / réponses (phrases interrogatives et déclaratives) constitue une sorte de dialogue de G. avec lui-même : un G. présent interroge un G. passé. Ceci aboutit à une sorte du récit de la vie de Gwynplaine : « Une nuit, une nuit de tempête, tout petit, abandonné, orphelin, seul dans la création démesurée, j’ai fait mon entrée dans cette obscurité que vous appelez la société. » Cette partie synthétise à la fois la vie de G. et le récit de l’Homme qui rit. Il évoque un vécu pathétique : G., enfant, a souffert. Il peut s’agir d’expliquer et de disposer encore favorablement les lords à l’écoute des arguments qui vont suivre.

- Ensuite (pp. 208-209), c’est le VOUS qui est nettement dominant. Aux phrases déclaratives et interrogatives, succèdent des phrases injonctives et exclamatives. Les lords sont vivement interpellés : « Ô grands, il y a des petits ! Ayez pitié. Oui ! Pitié de vous ! Car les multitudes agonisent, et le bas en mourant fait mourir le haut. » Cette interpellation se double d’une critique : « Ces rois, je les exècre ! » critique de la royauté et de ses abus. Le temps dominant est le présent d’énonciation « vous la gavez ». Le mode indicatif qui affirme le réel, est accompagné de deux modes : le conditionnel et l’impératif. L’impératif est le mode utilisé pour l’ordre : « Baissez les yeux. Regardez à vos pieds. » Le conditionnel a une valeur modale dans les phrases : « Si vous saviez ce qui se passe, aucun de vous n’oserait être heureux » : il s’agit de l’irréel du présent, le fait évoqué ne peut pas se réaliser [puisque les lords ne savent pas ce qui se passe]. Ce mode ouvre malgré tout une porte sur un changement possible puisque G. est en train de faire connaître aux lords les conditions de vie du peuple. L’avenir n’est pas encore fermé.

- Enfin (pp. 210-211), Le pronom ON apparaît, repris finalement par le mot « homme ». Ce ON est un VOUS généralisé : « On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence ». Cette généralisation est appuyée par des verbes pronominaux de sens passif : « s’est appuyée la griffe du roi », « s’est appelée République », un verbe impersonnel : « Il viendra une heure... »

Synthèse

Un discours très construit qui chemine selon une progression rigoureuse, mettant en œuvre de nombreux moyens stylistiques pour convaincre lords et lecteurs.


2. Quelles sont les figures de style dominantes dans chaque mouvement ? (quoi ? quel effet ?)

On peut remarquer les figures suivantes :

Parallèle entre les deux situations

Antithèses : « la loi, sous la forme d’un giber », « votre richesse, sous la forme d’une femme morte »

(+ métaphore filée : « plongeur - perle - vérité » + modalisation : « vous nommez... il m’a semblé »)

Opposition des situations

critique de la royauté et de ses abus


Présence de nombreux procédés d’emphase

Un élément de la phrase est détaché et repris en tête de phrase, c’est un procédé d’insistance. Ce qui était un des éléments d’information nouveau [le propos] est mis en position d’élément connu [le thème] , désigné :

- « Ce ténia, vous le faites dragon »

- « Ces rois, je les exècre »

De même l’apostrophe : « Ô grands » suivi de « ô vous les pauvres » crée un rapprochement et non une différence.

Mise en valeur du pouvoir excessif des nobles : povoir qui n’est pas « dans l’ordre des choses ».

Généralisation, élargissement du raisonnement

Explication, raisonnement par analogie

Des comparaisons : « comme à moi, les yeux, les narines et les oreilles »

Des métaphores « Un cloaque de colère et de douleur » 

une symbolisation de Gwynplaine qui devient la figure emblématique de l’homme : « Je suis l’homme », « ce rire exprime la désolation universelle », « le peuple, c’est moi », « l’homme est un mutilé »

(rapports métaphoriques « comme un mutilé » )

Figures de l’analogie pour évoquer l’horreur et des symboles (Terme concret plus ou moins stéréotypé et collectif qui renvoie à une signification plus générale et plus profonde) par ses repères concrets, c'est un emblème linguistique qui matérialise des notions difficilement exprimables, il renforce la cohésion d'une collectivité par le partage des valeurs.

Conclusion sur la séance

- on trouve dans la tirade un schéma argumentatif rigoureux = formation des collégiens à la rhétorique (parties d’un discours : Exorde pour attirer l’attention du public [cf. p. 206 « Je suis la misère ») Narration (récit des faits), Confirmation (analyse critique des faits), Péroraison (conclusion et jugement : « Cette heure est déjà venue, et s’est appelée Répblique ; on l’a chassée, elle reviendra »)

- Comme dans un tribunal, il y a jugement et condamnation des faits passés.

- Comme sur une scène de théâtre : cette tirade est coupée par les indications des réactions des auditeurs. La parole directe prend la pas sur le récit.

Conclusion sur la séquence

- l’Homme qui rit, comme figure emblématique de l’humain : homme misérable mais plus largement « homme sans dieu » dans un monde sans principe moral. "Un monstre ?"

- Rapprochement des extrêmes : le plus bas, laid, humilié est aussi le plus sensible à la divinité, aux valeurs bonnes représentées par Dea. La force de l’homme est ans ses choix moraux (Dea contre Josiane) "un homme ?"

- Un discours qui donne sens à la vie de G. : ayant prononcé ces mots publiquement, il peut disparaître : « Ce fut une disparition ». Sa mission (mission du poète et du politique) a été de dire, ayant dit, il rejoint Dea. "un dieu ?"

- La fin de l’oevre peut aussi être vue comme plus inquiétante : place de « la Voix » dans le monde moderne ?


« La fin du roman, avec la mort-suicide de Gwynplaine, rejoignant son étoile, Dea, est plus problématique, car elle est d’une ambiguïté très moderne : est-ce la divinisation de cet être d’exception, exception physique et exception morale, qui en quelque sorte monte vers les dieux, où se trouve déjà – son nom l’indique de façon transparente, Dea, l’aveugle-voyante qu’il a aimée sur cette terre ? Ou notre monde, ici représenté par la cour d’Angleterre et la femme-araignée perverse, Josiane, ne peut-il offrir désormais la possibilité d’une transmutation, telle que la présentaient les mythes initiatiques anciens ? » Simone VIERNE

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